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18 juillet 2018

Jean-Philippe Thibault - jpthibault@lexismedia.ca

Un premier inventaire archéologique en 100 ans du camp de la grippe espagnole

©Photo Gracieuseté UQAR - Manon Savard

À l'aube de 100e anniversaire entourant les tragiques événements du Camp de la grippe espagnole à Sainte-Irène, l’UQAR s'est rendue sur place pour procéder à un premier inventaire archéologique.

Une équipe du Laboratoire d’archéologie et de patrimoine –  composée de professeurs et d'étudiants en histoire –  ont investi le site pour tenter de déterrer quelques secrets du passé, mais surtout pour mieux connaître l'endroit qui a coûté la vie à neuf bûcherons et s'assurer que ce pan de l'histoire matapédienne soit mieux connu.

La professeure et archéologue Manon Savard, présente pour les opérations, était déjà allée visiter le site en 2015 de manière moins officielle. L'occasion était toute indiquée cette fois pour des recherches officielles, à l'heure du 100e anniversaire de la pandémie de la grippe espagnole qui a frappé de plein fouet le Canada – et le monde entier – en 1918.

Cette dernière se montre-t-elle surprise qu'il s'agisse du premier inventaire archéologique à avoir lieu en près de 100 ans? « Oui et non. Oui parce que c'est un site qui est quand même important et qui a une résonnance à l'échelle mondiale Mais non parce que tout est à faire au Québec. Il y a encore beaucoup de travail à faire et de sites à découvrir. »

Travail de longue haleine

Sur place, une première prospection visuelle avec des battues a été déployée pour déceler des artefacts visibles en surface, puis ce qu'on appelle dans le jargon la détection d'anomalies topographiques, soit grosso modo rechercher des monticules qui pourraient indiquer la présence de structures anciennes comme un bâtiment ou des latrines. Au fil des recherches, des boutons, des arceaux de métal, deux bouteilles de gin complètes, des clous et des ossements de gros mammifères –  probablement d'orignaux – ont notamment été répertoriés.

Même si les bâtiments du camp ont aujourd'hui disparu, l'endroit est maintenant un lieu de recueillement pour certains, une attraction historique pour d'autres. Croix, stèle, autel et panneaux ont été érigés au fil du temps, à partir des années '70, ce qui rend d'ailleurs plus difficile de déterminer avec exactitude la période d'où proviennent les éléments trouvés.

Quoiqu'il en soit, la prochaine étape des archéologues sera celle des analyses, histoire de mieux les dater. « On sait que le Camp a été réutilisé après cet épisode de la mort des bûcherons. Ç'a été désinfecté et réutilisé alors ça sera de voir les artefacts trouvé, voir ils sont associés à quelle période du site », explique Manon Savard.

La professeure se réjouit d'ailleurs que 43 personnes aient ont répondu à l'appel de la journée portes ouvertes organisée à la fin du mois d'août. « On a écouté les gens venir nous raconter leur histoire. Certains étaient des descendants  et je pense à une famille dont le père avait 9 ans au moment de la pandémie et se souvenait voir passer les charrettes avec des corps; il voyait ça de la fenêtre chez lui. »

©Photo Gracieuseté UQAR

Le camp des travailleurs est aujourd'hui devenu un endroit de recueillement en mémoire des disparus.

Beaucoup de travail reste encore à faire, mais en attendant, quatre capsules web ont été tournées, qui peuvent être consultées sur la page Facebook du Laboratoire d'archéologie et de patrimoine de l'UQAR.

Grippe espagnole 101

Selon le gouvernement du Canada, la grippe espagnole est une forme d’influenza dévastatrice et inconnue qui a frappé le pays entre 1918 et 1920. Cette pandémie internationale a entrainé la mort d’environ 55 000 personnes au Canada, en majorité de jeunes adultes âgés entre 20 et 40 ans.

Des mesures de quarantaine inadéquates, l’impuissance face à la maladie et le manque de coordination dans les efforts des autorités sanitaires ont entrainé un chaos insurmontable. La grippe espagnole a d'ailleurs donné lieu à la création du ministère fédéral de la Santé en 1919. C'est à ce moment que la santé publique est alors devenue une responsabilité partagée par tous les ordres de gouvernement.

Au Canada, la grippe est arrivée dans les villes portuaires de Québec, de Montréal et d’Halifax. L’intensification de l’effort de guerre durant la dernière année a joué un rôle déterminant dans la transmission de la maladie. Les troupes qui traversaient le Canada d’est en ouest en train, afin de prendre part à la guerre en Sibérie, ont ramené le virus avec elles.

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